Jusqu’à la fin des temps (Le Halo des Ombres – Cycle 3)
- nicolasverdier
- 5 janv.
- 2 min de lecture

Avec Jusqu’à la fin des temps, Viviane & Céline de Clairval livrent un troisième tome impressionnant de maîtrise, plus sombre encore que ses prédécesseurs, et qui entraîne la saga vers une dimension pleinement épique. Ici, plus de doute : les autrices ne se contentent plus de dérouler une destinée, elles la broient, la tordent, la confrontent au gouffre. Et Lùthen, au cœur du chaos qu’il a contribué à libérer, devient l’un des héros tragiques les plus marquants de la fantasy française actuelle.
Dès l’ouverture, le ton se fait brutal et déchirant : prison, tortures, silence, solitude. Lùthen apprend à survivre dans les entrailles d’Amendil, tandis que le monde extérieur s’écroule sous le joug conjugué du Commandeur et de l’Obscur. Le cycle de la fuite est terminé ; celui de la captivité et du sacrifice commence. Chaque scène, écrite avec une sensorialité crue, rappelle que la magie n’est plus un refuge… mais une faille que les ennemis cherchent à exploiter jusqu’à l’os.
Car l’enjeu, désormais, dépasse la vie des protagonistes : il touche à l’équilibre même des forces qui gouvernent Edenfall. Le Don des Ténèbres, l’ombre des déités, la résurrection des anciennes puissances, la Sphère maudite d’Affliction… Tout converge vers un conflit total où les mensonges du passé se dévoilent et où les alliances les plus impensables deviennent nécessaires. La politique, déjà omniprésente dans le tome 2, se mue ici en guerre ouverte : royaumes dévastés, peuples en rage, révolution en marche.
Pourtant, au milieu des batailles et des manipulations, le roman n’oublie jamais ses personnages. Lùthen, plus que jamais, lutte autant contre ses geôliers que contre sa propre culpabilité. Aëslin porte le poids effroyable de ce qu’il est devenu. Zaell, Aëlya, Elibouban, Talianthe, Ambreline et les autres poursuivent chacun un chemin semé de pertes et d’épreuves, gagnant en profondeur et en fêlures. Même les figures les plus hostiles — Némérius, le Commandeur — se révèlent avec une noirceur fascinante.
Ce tome marque un tournant : l’espoir est fragile, la lumière rare, et le prix à payer pour sauver Edenfall semble exorbitant. Le rythme, toujours haletant, alterne scènes d’action viscérales, révélations vertigineuses et moments de grâce arrachés au désespoir — comme des étincelles dans un monde dévoré par la nuit. La mythologie, elle, prend une ampleur quasi cosmique, reliant enfin toutes les pièces du puzzle tissé depuis le premier cycle.
Jusqu’à la fin des temps n’est pas seulement une suite : c’est un aboutissement, une apothéose dramatique qui prépare un final dantesque. En refermant ces pages, le lecteur reste suspendu dans un souffle coupé, avec la sensation que les Ombres ne sont plus seulement autour… mais déjà en nous.
Car une dernière certitude s’impose : pour vaincre les ténèbres, il faudra accepter de les affronter jusqu’à leur source — et jusqu’à la fin des temps.
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